Histoire & Contexte

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Le monde en 2035

Le constat politique et militaire le plus notable des années 2030 est la perte de vitesse fulgurante de l’OTAN, prenant de plus en plus de retard dans le développement de ses initiatives, obsolète dans sa structure, et subissant une série de départs impulsés par la France dans les années 2020.

 

Dans la lignée d’un héritage prônant l’indépendance des choix français et le refus d’une prépondérance américaine, le petit hexagone européen alors en position de leader dans les opérations militaires les plus complexes de ce début de siècle, a subi pendant plusieurs années l’ingérence américaine notamment sur le plan militaire, la forçant à claquer une nouvelle fois la porte de l’OTAN en 2022, tout en conservant une proximité avec ses alliés comme c’était le cas en 1966.

 

Malgré une armée de métier vieillissante dans ses moyens, et un budget trop faible pour la moderniser efficacement, la France n’a cependant pas négligé un gros investissement cette dernière décennie sur la seconde composante de sa stratégie de dissuasion nucléaire. La construction de dix nouveaux SNLE (Sous-marin Nucléaire Lanceur d’Engins) de classe « Le Foudroyant » plus modernes et rapides que les sous-marins de classe « Le Triomphant » toujours en service, permet au pays de renforcer sa position de leader militaire mondial.

 

Une autre cause de ce départ prônée par la nouvelle administration française en place est la polarisation du monde, visible depuis de nombreuses années mais rarement pointée du doigt, et qui venait alors de réellement prendre forme avec la naissance en 2021 du Traité de l’Alliance Stratégique de Canton (CSAT), évolution née en 2021 du vingtième anniversaire de l’Organisation de Coopération de Shanghai (SCO), avec un but nettement plus belliqueux que l’ancienne entité.

 

Bien qu’amie de plusieurs pays de l’organisation, la Russie quant à elle décide à cet instant de ne pas donner suite et de rester indépendante, ne fermant pas la porte à une coopération restreinte comme le fera ensuite la France avec l’OTAN.

 

Le nouveau navire, mené d’une main de fer par ses capitaines : la Chine, l’Inde et l’Iran, se donne comme objectif principal la recherche technologique à usage militaire, pour résoudre la sainte équation de la dissuasion nucléaire afin de pouvoir engager des actions offensives sans mettre en jeu la question ultime, choix légitime à une époque où la majorité des plateformes de tir sont dispersées dans tous les océans, mobiles, et invisibles, ou déployables dans les airs en un temps record.

La guerre, autrement

Durant de nombreuses années, le CSAT travailla donc avec les meilleurs cerveaux sur des projets secrets dont les infimes fuites et échos rapportés aux oreilles des grands pontes de l’OTAN, entraina la création immédiate du Groupe de Recherche de Technologie de Combat (CTRG). Officiellement destiné à contrer l’hégémonie technologique de l’organisation miroir en développant de nouvelles idées et en les testant sur le terrain, son but réel était pourtant moins académique : trouver les sites de tests des projets de recherche CSAT, récupérer des renseignements, et si possible se procurer des prototypes.

 

C’est lors de l’été 2035, pendant les événements survenus successivement en République Altienne et dans les Îles de l’Horizon que les deux entités eurent leur premier choc frontal public. Le CSAT avait développé une procédure militaire nommée Protocole APEX qui était clairement une nouvelle façon détournée de faire la guerre. Une arme de nouvelle génération baptisée Eastwind avait la capacité de générer des séismes avec une magnitude contrôlée, provoquant des dégâts terrestres de ce fait paramétrables, pouvant engendrer des catastrophes comme des tsunamis si la configuration de la zone était optimale.

 

Le Protocole APEX impliquait l’usage de ce dispositif combiné à une déstabilisation gouvernementale d’un pays grâce à des agents spécialisés dans la subversion, créant ainsi un soulèvement populaire, une rébellion armée ou un coup d’état. La version test du protocole était calibrée sur des pays de petite taille et sous protection de l’OTAN, dans le but de prouver que l’organisation était matériellement et humainement incapable de répondre à une défaillance systémique immédiate d’un état, pour ensuite intervenir dans les semaines suivantes afin de rétablir la stabilité du pays par une aide humanitaire rapide et efficace et/ou une intervention armée adéquate.

 

APEX était donc le plan parfait pour s’approprier la tutelle d’un pays en faisant passer cela pour un sauvetage international suite à une catastrophe naturelle suivie d’une insurrection, reléguant par la même occasion la bombe atomique au statut de reliquat d’un autre temps. Dans les grandes lignes du projet, si suffisamment de pays sauvés par les bonnes intentions de l’organisation criaient à l’international leur gratitude, de nouveaux pays entameraient un processus de candidature et le doute serait définitivement installé au sein des états membres et observateurs de l’OTAN. La dernière graine destinée à faire germer l’hégémonie mondiale du CSAT, serait donc plantée.

La Réponse

Le retournement de situation qui n’avait pas été planifié par ces derniers fut l’intervention du CTRG en république altienne, laboratoire du Protocole APEX protégé par un pacte obscur entre des officiels altiens et l’Iran. Malgré un plan millimétré destiné à profiter de la fin du mandat non renouvelé de l’OTAN sur Altis et Stratis, la branche britannique du CTRG, persévérante, a réussi à mettre à jour la coopération officieuse et à investiguer sur place.

 

Repérés par le VEVAK (services de renseignement iraniens), l’organisation ne pouvait toutefois éliminer les agents spéciaux anglais sans alerter les unités de la Task Force Aegis encore présentes, celles-ci ne se doutant ni de la supercherie, ni du rôle caché du CTRG. Alors que le CSAT comptait sur le retrait de l’OTAN pour entamer son agenda de tests de l’arme, cette incursion du CTRG provoqua une escalation entraînant l’assassinat du commandant de la force régulière et l’exécution sans sommation du personnel présent sur zone, le tout sous couvert officiel d’une intervention rebelle attribuée au FIA, patriotes altiens dénonçant depuis plusieurs années la corruption omniprésente dans leur gouvernement.

 

Piégés à leur propre jeu, les iraniens durent faire face à une situation compliquée à gérer, devant faire transiter des renforts par la Turquie afin de pouvoir contrer la reprise des îles par l’OTAN, ce qui était impossible en termes de timing. Le mot d’ordre était donc de limiter la casse et d’évacuer à n’importe quel prix le prototype Eastwind. Le Groupe 14 du CTRG, mené par le capitaine Scott Miller, a complètement disparu des radars lors de cet événement, supposé anéanti lors de la confrontation avec les forces spéciales du CSAT lors de la tentative d’acquisition de l’arme expérimentale.

À peine un mois plus tard eu lieu la première application du protocole APEX en situation réelle dans les Îles de l’Horizon au sud du Pacifique. Tanoa avait été largement touchée par un important tsunami suivi d’une insurrection rebelle menée par l’organisation criminelle Syndikat. La branche américaine du CTRG avait alors déployé le Groupe 15 afin d’investiguer et de se rendre rapidement compte que la dotation des rebelles était également composé d’équipement chinois, sous entendant donc l’implication directe du CSAT dans l’affaire. Le capitaine Miller et les survivants du Groupe 14 refirent surface à ce moment précis, ce qui voulait dire deux choses : ils étaient présents avant les événements, et leur action était régulièrement tenue loin des registres officiels.

 

Le CSAT avait de nouveau commis une erreur, cette fois-ci en sous-estimant les capacités du leader de Syndikat, Solomon Maru. Ayant appris de son coup d’état raté en Afrique du Nord, ce dernier se rendit compte que l’aide de l’organisation orientale n’avait pour but que de les positionner sur le devant de la scène pendant que le protocole APEX était appliqué en coulisses. Le couperet tomba : le Tsunami était d’origine technologique, le gouvernement allait bien être renversé, mais le fauteuil ne serait pas pour lui.

 

Syndikat retourna alors sa veste et pris d’assaut la base militaire CSAT de l’Île de Sosovu, exécutant le personnel scientifique et toute une compagnie de l’unité Viper (forces spéciales chinoises) chargée de défendre l’installation. Il vola par la même occasion le dispositif Eastwind pour forcer le CSAT à le prendre au sérieux et à s’assoir autour d’une table. C’est lors de cette entrevue inespérée que le CTRG 14 eu l’occasion rêvée pour prendre le CSAT de vitesse, acquérir l’arme, et tuer Solomon Maru, signant ainsi la fin du conflit tanoien.

 

Depuis ce jour, les services spéciaux de l’OTAN n’eurent plus de nouvelles ni de l’arme, ni du CTRG 14. Un gigantesque écran de fumée venait de plus d’être créé par un lanceur d’alerte (en réalité Miller) ayant révélé aux médias l’existence du Protocole APEX, compliquant la compréhension de la situation. Tous les regards étaient en effet tournés vers un CSAT en grande difficulté vis-à-vis de l’opinion, donnant ainsi à l’OTAN sa première réelle chance de rivaliser avec cette organisation, occasionnant par une réponse musclée de nombreuses tensions au sein de la communauté internationale.

 

De grosses zones d’ombre subsistent encore autour de cette affaire, notamment l’allégeance mais aussi les motivations du capitaine Miller et de son groupe. Ils étaient mandatés par l’OTAN, appuyés par les services secrets britanniques, et pourtant ils ont disparu des écrans. Sont-ils de simples renégats ? Appartiennent-ils à une autre organisation depuis le début ? Un ou plusieurs états joueraient-ils un double-jeu dans cette histoire ?

La cinquième liberté

C’est autour de toutes ces questions que la France lança une vaste enquête secrète pendant les mois qui suivirent, n’écartant aucune possibilité de l’équation et allant même jusqu’à exfiltrer elle-même et clandestinement un agent du MI-6 britannique alors aux mains du CSAT iranien afin de le questionner sur sa présence en république altienne 6 mois après les événements de l’été 2035. Cette première initiative marqua le début de l’Opération Bellérophon, destinée à mettre la lumière sur cette affaire d’arme expérimentale.

 

C’est en parallèle de l’enquête qu’une nouvelle unité fut créée, placée sous l’égide de la DGSE : le Groupe Spécial de Reconnaissance et d’Intervention (GSRI). Ce dernier fut conçu comme une réponse à la problématique de devoir déployer très rapidement, discrètement et n’importe où dans le monde des hommes afin de désamorcer des situations complexes, dans un climat géopolitique mondial au bord de la rupture, sans que la France ne puisse être soupçonnée d’avoir initié ces actions. De par sa propension à être appelé sur des missions très différentes les unes des autres et nécessitant une synergie sans faille entre les différentes spécialités appelées à être utilisées, le GSRI recrute principalement ses membres au sein des unités “Signature” des forces spéciales françaises.

Malgré un premier succès lors du premier déploiement de l’Opération Bellérophon sur Stratis en décembre 2035, le GSRI perdit quatorze de ses membres en février 2036 en tentant d’appréhender Scott Miller en Iran, alors en possession de l’arme et à la veille d’une potentielle transaction. Celle-ci devait avoir lieu avec le Pakistan, état membre du CSAT visiblement en difficulté en termes d’influence à la table des leaders de l’organisation.

 

Après un assaut réussi avec succès, les opérateurs français se heurtèrent à l’absence de la cible sur la zone où elle avait été formellement identifiée comme présente. Alors en phase d’extraction, le GSRI fut embusqué par une unité Viper qui détruisit leur hélicoptère d’escorte, forçant leur appareil de transport à évacuer d’urgence la zone avec une partie de l’unité pendant que l’autre partie retenait l’ennemi. L’hélicoptère fut abattu quelques minutes plus tard par un chasseur iranien et le contact fut perdu avec les opérateurs restants à 5h12 du matin.

La Suite

Les services spéciaux français cherchent aujourd’hui à comprendre ce qu’il s’est passé. L’hypothèse la plus probable serait que le CSAT était également venu appréhender Miller mais serait tombé sur les français à la place, ce qui expliquerait qu’aucune dénonciation officielle de la présence de forces spéciales française en Iran ne fut prononcée.

 

En revanche, la nuit qui suivit l’incident, les médias et réseaux sociaux mirent en exergue l’explosion d’un important complexe militaire pakistanais -à priori accidentelle- ce qui laisse à penser la possibilité d’une sanction officieuse et musclée de l’Iran envers son allié qui aurait tenté de le doubler.

 

Le capitaine Scott Miller et tous les membres de son unité sont aujourd’hui officiellement recherchés par le Royaume-Uni et la France, tandis que jour et nuit, des analystes de la DGSE cherchent en vain sur tous les réseaux de surveillance des signes de vie de leurs collègues du GSRI disparus, présumés morts.